Cet article a été publié initialement dans la Homiletic and Pastoral Review (26 juillet 2024) ; de légères révisions y ont été apportées le 7 juin 2025.
Les attaques atroces perpétrées par le Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 et la guerre à Gaza qui s’en est suivie ont suscité de nombreuses questions chez les catholiques : doivent-ils soutenir Israël ? Et, si oui, doivent-ils le faire pour des raisons exclusivement politiques ou morales — relevant, par exemple, du droit international ou de la théorie de la guerre juste —, ou doivent-ils aussi prendre en considération d’autres facteurs, bibliques et théologiques ? Israël bénéficie-t-il encore aujourd’hui d’un statut particulier en tant que nation choisie par Dieu, ou faut-il considérer l’État moderne d’Israël comme une entité politique purement séculière, au même titre que tout autre État ? Cet article examinera ces questions et cherchera à offrir aux catholiques quelques principes fondamentaux et repères théologiques et catéchétiques concernant le « mystère d’Israël ».
Les origines d’Israël
Les origines d’Israël remontent au livre de la Genèse. En Genèse 12, Dieu appelle Abram à quitter son pays, lui promettant de faire de lui une grande nation, de rendre son nom grand et de faire de lui une bénédiction pour le monde entier (Gn 12, 2–3). Dieu donne ensuite à ces promesses la forme d’une alliance en jurant solennellement de donner à la descendance d’Abraham la terre de Canaan en possession perpétuelle (Gn 15, 18–21), de faire surgir des rois de sa lignée (Gn 17, 5–8) et de bénir par elle toutes les nations (Gn 22, 16–18).
L’alliance et les promesses sont transmises à Isaac, fils d’Abraham (Gn 26, 3–5.24), puis à Jacob, son petit-fils (Gn 28, 13–15). Après la lutte de Jacob avec un ange mystérieux, Dieu lui donne le nom d’« Israël », qui signifie peut-être « celui qui lutte avec Dieu » (Gn 32, 28). Le Seigneur confirme plus tard ce changement de nom en réitérant sa promesse de faire de la descendance de Jacob une grande nation sur la terre de Canaan (Gn 35, 10–12).
L’alliance et la terre
Après la réduction en esclavage des descendants de Jacob en Égypte, Dieu révèle plus clairement que son alliance avec Israël doit établir, à l’échelle du peuple, un lien de parenté : Israël est son « fils premier-né », appelé à le « servir » ou à lui « rendre un culte » (Ex 4, 22–23).1 Dans sa souveraineté, le Seigneur rachètera son peuple de l’esclavage en Égypte, l’adoptera comme sien et le conduira sur la terre qu’il a promise à ses pères (Ex 6, 6–8).
Au mont Sinaï, le Seigneur fait d’Israël son « bien propre ». Si les Israélites respectent les termes de l’alliance, ils seront un « royaume de prêtres et une nation sainte » (Ex 19, 5–6), appelés à révéler les desseins de Dieu à toutes les nations (Ex 34, 10). L’alliance comporte toutefois des conditions : la vocation unique d’Israël exige qu’il soit saint, comme le Seigneur est saint (Lv 19, 2). Les termes de l’alliance sont énoncés dans la Torah, la Loi de Moïse. La fidélité et l’obéissance à la Torah entraîneront des bénédictions, notamment celle d’habiter la terre dans la paix et la sécurité. Mais l’infidélité et la désobéissance déclencheront des malédictions, dont la plus grave sera l’exil loin de cette terre.
Il n’est donc pas surprenant que la terre, signe premier de l’alliance de Dieu avec Israël, occupe une place considérable dans l’Écriture. La promesse de la terre à Israël y est mentionnée au moins 176 fois, ce qui en fait la promesse la plus souvent répétée dans la Bible.2 Elle prend naissance dans la Genèse (Gn 13, 14–17 ; 17, 8 ; 26, 3–4 ; 35, 10–12) et constitue le but de l’Exode (Ex 6, 8 ; 33, 1 ; Dt 1, 8). Elle est au cœur du message des prophètes, qui rappellent inlassablement à Israël que, même s’il est envoyé en exil à cause de ses péchés, Dieu finira par le ramener sur sa terre. Le message est le même chez les prophètes d’avant l’exil (Am 9, 14–15 ; Is 11, 10–12 ; Jr 16, 14–16), de l’exil (Ez 28, 25–26) et même d’après l’exil (Za 10, 6–12).
Fait significatif, même après le retour de la captivité à Babylone, les prophètes continuent d’annoncer un retour futur depuis les quatre coins de la terre, un retour qui sera définitif et s’accomplira dans la sécurité. Ces prophéties ne se sont pas réalisées lors du retour de la captivité babylonienne, qui fut limité dans son ampleur et provisoire : les Juifs furent de nouveau envoyés en exil par les Romains en l’an 70 de notre ère. Ces oracles prophétiques laissent entrevoir la perspective d’un « nouvel Exode » encore à venir, au cours duquel Israël retrouvera sa terre.
En somme, même si Israël est infidèle à Dieu, Dieu reste fidèle à Israël. Tout en appelant Israël à la fidélité à l’alliance et en l’avertissant du jugement sévère qui le frappera s’il s’en détourne, les prophètes annoncent avec la même constance le rétablissement futur de la nation. Même au milieu du péché et de l’apostasie, Dieu ne cesse de rappeler à Israël : « Vous serez mon peuple, et moi, je serai votre Dieu » (Jr 30, 22 ; Ez 36, 28).
Pourtant, si importante soit-elle, la terre ne constitue pas la dimension ultime de l’alliance. Le Seigneur a également annoncé qu’il conclurait une alliance nouvelle avec la maison d’Israël et la maison de Juda. Cette nouvelle alliance viendrait confirmer, et non abroger, son alliance originelle avec Israël, que le Seigneur a déclarée aussi ferme et durable que l’ordre de la création (Jr 31, 31–37).
De la Nouvelle Alliance au supersessionisme
Jésus de Nazareth s’est révélé comme le Messie venu accomplir les promesses de l’Ancien Testament en établissant la Nouvelle Alliance avec Israël. Pourtant, par un tragique retournement de l’histoire, la plupart des Juifs ne l’ont pas accueilli. Le conflit entre Jésus et les autorités juives a finalement conduit à sa crucifixion et à sa mort : une exécution cruelle suscitée par le péché des hommes, mais devenue, dans la Providence, la source du salut pour le monde.
Les premiers chrétiens étaient tous des Juifs qui vivaient leur foi dans la continuité de leur héritage juif. Très vite, cependant, les non-Juifs affluèrent dans l’Église naissante et y devinrent rapidement majoritaires, tandis que les judéo-chrétiens diminuaient en nombre et finissaient par disparaître. L’Église étant désormais largement composée de non-Juifs, le christianisme et le judaïsme devinrent de plus en plus antagonistes.
Dès le IIe siècle de notre ère, les Pères de l’Église commencèrent à mener une offensive théologique contre le judaïsme. Si le christianisme était vrai, raisonnaient-ils, le judaïsme ne pouvait pas l’être. Si l’Église était le nouveau peuple de Dieu, le peuple juif ne l’était plus. Cette idée fut ensuite appelée supersessionisme ou théologie de la substitution : les Juifs ont rejeté le Christ ; Dieu a donc rejeté les Juifs et les a remplacés par l’Église. En rejetant le Messie, les Juifs auraient perdu leur statut de peuple de l’alliance. Les promesses de Dieu ne s’appliqueraient donc plus à Israël, mais auraient été transférées à l’Église, le « nouvel » et « véritable » Israël. Bien que cette conception supersessioniste ne soit jamais devenue la doctrine officielle de l’Église, elle était si répandue qu’elle devint de facto le « fondement théologique courant » de ses rapports historiques avec le judaïsme,3 au point que la plupart des chrétiens la considéraient comme partie intégrante du message de l’Évangile.
Dieu a-t-il mis fin à son alliance avec Israël ?
Malgré le refus des Juifs de reconnaître les prétentions messianiques de Jésus, le Nouveau Testament n’enseigne jamais que Dieu a abrogé son alliance avec Israël. Jésus est venu pour les « brebis perdues de la maison d’Israël » (Mt 10, 6 ; 15, 24), et c’est d’abord avec la maison d’Israël et la maison de Juda qu’il a établi la Nouvelle Alliance (Jr 31, 31 ; Lc 22, 30).4
Jésus a aussi déclaré être venu « non pas abolir, mais accomplir » la Loi et les Prophètes (Mt 5, 17). Comme nous l’avons vu, la Loi aussi bien que les Prophètes soulignent que la terre est le signe premier de l’alliance de Dieu avec Israël. Rien dans le Nouveau Testament n’indique que Jésus ait jamais abrogé cette promesse. Au contraire, dans son discours eschatologique, Jésus dit que « Jérusalem sera foulée aux pieds par les nations, jusqu’à ce que les temps des nations soient accomplis » (Lc 21, 24). Cela laisse entendre qu’une période temporaire de domination des nations sur la ville sainte prendrait un jour fin et serait suivie, peut-on supposer, d’un retour de la ville sous souveraineté juive.
La position de saint Paul sur la permanence de l’alliance de Dieu avec Israël est sans équivoque : « Je demande donc : Dieu a-t-il rejeté son peuple ? Absolument pas ! […] Dieu n’a pas rejeté son peuple qu’il a connu d’avance » (Rm 11, 1–2). Bien que, « selon l’Évangile, ils soient ennemis à cause de vous »,5 Paul poursuit : « selon l’élection, ils sont aimés à cause de leurs pères. Car les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables » (Rm 11, 28–29).
Depuis le concile Vatican II, l’Église a maintes fois fait écho à Paul en confirmant l’élection irrévocable d’Israël. Selon la déclaration Nostra aetate de 1965, même si « Jérusalem n’a pas reconnu le temps où elle fut visitée » (Lc 19, 44), « les Juifs restent encore, à cause de leurs pères, très chers à Dieu, dont les dons et l’appel sont sans repentance » (Nostra aetate, 4). Les Notes pour une correcte présentation des juifs et du judaïsme, publiées en 1985, ajoutent que la permanence d’Israël est « un fait historique et un signe à interpréter dans le plan de Dieu ».6 Et le document de 2015, qui porte le titre éloquent de « Les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables », confirme, en s’appuyant sur saint Paul et sur le paragraphe 4 de Nostra aetate, que « l’Église ne met pas en doute la permanence de l’amour de Dieu pour le peuple élu d’Israël ». Dès lors, « la théologie du remplacement ou de la supersession », selon laquelle une Église de non-Juifs aurait pris la place d’une « Synagogue rejetée », est « dépourvue de tout fondement ».7
Un « nouvel » et « véritable » Israël ?
Même si nous admettons que Dieu n’a pas révoqué son alliance avec le peuple juif, l’Église n’est-elle pas le « nouvel » et « véritable » Israël ? Bien que cette idée ait certains précédents dans la tradition catholique, elle n’est pas biblique. L’expression « nouvel Israël » n’apparaît nulle part dans le Nouveau Testament. Parmi les 77 occurrences des mots « Israël » ou « Israélite », ces termes ne sont jamais employés comme synonymes de l’Église ou des chrétiens. Ils désignent toujours le peuple d’Israël « originel ».
Il n’y a que deux passages où « Israël » est employé dans un sens particulier. Le premier est l’affirmation de Paul selon laquelle « tous ceux qui sont issus d’Israël ne sont pas Israël » (Rm 9, 6, d’après la NABRE). Pourtant, Paul n’élargit pas ici l’identité d’Israël pour y inclure tous les chrétiens. Il restreint plutôt le terme aux seuls Israélites qui croient. Autrement dit, la descendance charnelle ne suffit pas pour être un « véritable Israélite » ; la foi est elle aussi nécessaire.
« Israël » est également employé dans un sens particulier en Galates 6, 15–16, où Paul écrit : « Paix et miséricorde sur tous ceux qui suivent cette règle, sur l’Israël de Dieu » (d’après la RSV2CE). La traduction RSV donne l’impression que tous ceux qui suivent la règle du Christ, c’est-à-dire tous les chrétiens, constituent « l’Israël de Dieu ». Mais elle omet le mot crucial « et » (en grec, kai) présent dans le texte original, que la NABRE rend plus fidèlement : « Paix et miséricorde sur tous ceux qui suivent cette règle et sur l’Israël de Dieu ». Ainsi, tous ceux qui suivent la règle du Christ — l’ensemble des chrétiens — ne se confondent pas avec « l’Israël de Dieu » — les Juifs qui croient au Christ —, mais en sont distincts.
Bien que la notion de « nouvel Israël » soit étrangère au Nouveau Testament, elle est indéniablement présente dans la tradition chrétienne. Plus récemment, elle est mentionnée deux fois dans les documents de Vatican II et une fois, au passage, dans le Catéchisme de l’Église catholique.8 Pourtant, si l’Église est le « nouvel Israël », c’est parce qu’elle est greffée sur l’Israël originel et qu’elle partage ses promesses, et non parce qu’elle remplace Israël et s’approprie ses promesses (Rm 11, 17–18). Néanmoins, puisque l’expression « nouvel Israël » est si souvent comprise dans un sens supersessioniste, laissant entendre que l’Église aurait remplacé « l’ancien Israël », peut-être vaut-il mieux l’éviter entièrement. Comme le dit Nostra aetate : « S’il est vrai que l’Église est le nouveau Peuple de Dieu, les Juifs ne doivent pas, pour autant, être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits, comme si cela découlait de la Sainte Écriture » (NA, 4). Parler de « nouvel Israël » véhicule effectivement l’idée que l’Israël originel a été rejeté par Dieu. Le document Les dons et l’appel va plus loin : si l’Église est appelée le nouveau peuple de Dieu, « cela n’implique pas que le peuple de Dieu d’Israël a cessé d’exister » ; cela ne signifie pas non plus « qu’Israël a été répudié en tant que peuple de Dieu, ou qu’il a perdu sa mission ».9 Au contraire, l’alliance « demeure toujours valable, en raison de la fidélité sans faille de Dieu envers son peuple » ; Israël reste donc « le peuple élu et aimé de Dieu, le peuple de l’alliance jamais abrogée ni révoquée ».10
Israël au temps de l’Église
Si les dons et l’appel de Dieu à Israël sont irrévocables, quel est donc le rôle d’Israël au temps de l’Église ?
On peut soutenir que la survie même du peuple juif au fil de l’histoire, malgré des persécutions incessantes et des menaces pesant sur son existence, témoigne déjà de la fidélité de Dieu envers son peuple. De plus, le retour des Juifs sur la terre d’Israël, annoncé dans l’Écriture, pourrait bien être un signe prophétique témoignant à son tour de l’amour de Dieu pour Israël dans l’alliance.
Cela ne signifie pas que cette alliance soit salvifique par elle-même, indépendamment du Christ et de l’Église. Les catholiques ne peuvent souscrire à une « théologie des deux alliances » selon laquelle les chrétiens seraient sauvés par le Christ et les Juifs par le judaïsme. Comme l’expliquent les Notes pour une correcte présentation des juifs et du judaïsme dans la prédication et la catéchèse de l’Église catholique de 1985 :
« En vertu de sa mission divine, l’Église », qui est « moyen général de salut » et en laquelle seule se trouve « toute la plénitude des moyens de salut » […], « par nature doit annoncer Jésus Christ au monde » […]. En effet nous croyons que c’est par Lui que nous allons au Père (cf. Jn 14, 6) et que « la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent toi, le seul véritable Dieu, et son envoyé Jésus Christ » (Jn 17, 3).
Jésus affirme (Jn 10, 16) qu’« il y aura un seul troupeau, un seul pasteur ». Église et Judaïsme ne peuvent donc pas être présentés comme deux voies parallèles de salut et l’Église doit témoigner du Christ Rédempteur à tous.11
En même temps, si Jésus appelle tout le monde à le suivre, le refus initial des Juifs de reconnaître le Messie n’était pas dépourvu de sens dans le dessein divin. Il a conduit à la prédication de l’Évangile aux non-Juifs, de sorte que « par leur faux pas, le salut est parvenu aux nations ». Si le rejet de l’Évangile par les Juifs a entraîné « la réconciliation du monde », raisonne saint Paul, à combien plus forte raison leur accueil de l’Évangile sera-t-il une bénédiction pour le monde, à savoir « la vie d’entre les morts » (Rm 11, 11–16).
Étant donné le rôle permanent d’Israël dans l’économie du salut, malgré même l’incrédulité des Juifs à l’égard de Jésus, saint Paul avertit les chrétiens issus des nations de ne pas s’enorgueillir aux dépens de « l’olivier » d’Israël (cf. Jr 11, 16–17). Si des « branches naturelles » — les Juifs — ont été retranchées à cause de leur incrédulité, et si des branches sauvages — les non-Juifs — ont été greffées par la foi, ces dernières ne doivent pas « s’enorgueillir, mais craindre » : Dieu peut facilement couper les branches sauvages et greffer de nouveau les branches naturelles sur l’arbre (Rm 11, 17–24).
L’histoire tourmentée des relations judéo-chrétiennes, au cours de laquelle les Juifs ont souvent été persécutés par des chrétiens qui s’étaient bel et bien « enorgueillis » aux dépens de leurs propres racines, montre que le conseil de Paul a été largement ignoré.12 Certains ont même suggéré que « saint Paul avait fait plus que donner un avertissement : il avait prophétisé », en prévoyant l’hostilité historique des chrétiens issus des nations envers leurs racines, qui aboutirait à leur propre retranchement de l’olivier.13
Pourrait-il exister un lien entre l’antagonisme historique des chrétiens issus des nations envers Israël et la déchristianisation massive des nations autrefois chrétiennes au cours des deux derniers siècles ? Paul semble indiquer que l’Évangile accomplira un mouvement circulaire : des Juifs aux nations, puis des nations aux Juifs. Autrement dit, après l’accomplissement des « temps des nations » (Lc 21, 24), il semble que les nations se détourneront de l’Évangile, lequel reviendra alors au peuple juif dont il est issu :
(1) Les Juifs rejettent → (2) Les nations accueillent → (3) Les nations rejettent → (4) Les Juifs accueillent
Aussi saint Paul invite-t-il les chrétiens à méditer « ce mystère » : « Un endurcissement est survenu à une partie d’Israël, jusqu’à ce que soit entrée la plénitude des nations ; et ainsi, tout Israël sera sauvé » (Rm 11, 25–26).
Comment, dès lors, Israël sera-t-il sauvé ? Pour répondre à cette question, il nous faut nous tourner vers l’Israël moderne.
De l’Israël antique à l’Israël moderne : le sionisme biblique
Étant donné la place centrale de la terre dans l’alliance de Dieu avec Israël, le retour des Juifs en Israël à l’époque moderne pourrait-il constituer un accomplissement prophétique et les « prémices » de la rédemption d’Israël ? Il existe de bonnes raisons de penser que cela pourrait être le cas et que la Providence divine est à l’œuvre dans ce retour. Si les dons et l’appel de Dieu à Israël sont irrévocables, cela doit inclure le don de la terre et la vocation d’Israël à y vivre.
Quelle serait l’autre explication ? Le retour du peuple juif sur sa terre historique après deux mille ans d’exil pourrait-il n’être qu’un simple accident de l’histoire, sans aucun rapport avec les desseins de Dieu ? Cela paraît difficilement concevable. Les nombreuses prophéties bibliques annonçant le retour d’Israël sur sa terre ouvrent la voie à une autre possibilité, connue aujourd’hui sous le nom de sionisme.
Sion est le nom biblique de la ville de Jérusalem, dont l’usage remonte au roi David (2 S 5, 7). Les Psaumes louent constamment Dieu qui « habite Sion » (Ps 9, 11). Sion est appelée « la ville du grand Roi » (Ps 48, 2), car elle est le lieu où Dieu demeurera pour toujours (Ps 132, 13–14). Puisque le Seigneur « reviendra à Sion et habitera au milieu de Jérusalem », parmi son peuple (Za 8, 2–4), il ne semble pas excessif de dire que Dieu est le premier sioniste.
Au fil des siècles d’exil, de dispersion et de persécution, le peuple juif n’a jamais oublié son attachement biblique, religieux et historique à Sion. À la fin du XIXe siècle, le sionisme est apparu comme un mouvement national visant à établir un foyer pour les Juifs sur la terre de leurs ancêtres. Bien qu’il existe différents courants sionistes, sa définition fondamentale est simple : le sionisme est « le mouvement national pour le retour du peuple juif dans sa patrie et le rétablissement de la souveraineté juive sur la terre d’Israël ».14 Le sionisme est donc aujourd’hui le mouvement qui soutient le retour du peuple juif sur la terre d’Israël. Les sionistes peuvent ainsi être juifs, chrétiens, membres de toute autre religion ou sans religion. Si cette idée ne devrait guère prêter à controverse en théorie, le sionisme fait aujourd’hui souvent l’objet de virulentes critiques pour diverses raisons, théologiques, politiques ou morales.
Ces objections au sionisme sont-elles légitimes ? Examinons quelques-unes des plus courantes.
Les objections courantes au sionisme
- Le Nouveau Testament n’« accomplit-il » pas les promesses de la terre faites à Israël en les spiritualisant et en les transférant aux chrétiens, si bien que le ciel serait désormais notre véritable « Terre promise » ?
Cette conception de l’« accomplissement », selon laquelle les promesses de Dieu à Israël seraient invalidées et, pour ainsi dire, dissoutes dans des promesses spirituelles destinées à l’Église, s’enracine dans un supersessionisme qui, comme nous l’avons vu, est contraire à l’enseignement du Nouveau Testament. Si la Terre promise est assurément un type qui préfigure le ciel et oriente vers lui, l’accomplissement — le ciel — n’abolit pas le signe — la terre d’Israël. Il ne s’agit pas de choisir entre les deux, mais de les tenir ensemble.15 Rien dans le Nouveau Testament ne justifie l’abrogation de la promesse divine de donner la terre à Israël en « possession perpétuelle » (Gn 17, 8), ni des centaines de prophéties annonçant le retour futur d’Israël sur cette même terre (voir Mt 5, 17–18).
- Le sionisme n’est-il pas issu du dispensationalisme protestant du XIXe siècle, qui réduit le rôle de l’Église à une simple « parenthèse » dans l’histoire du salut, en attendant que Dieu rende à Israël sa gloire d’autrefois ?
Soutenir le retour des Juifs sur la terre d’Israël ne présuppose pas la théologie dispensationaliste et ne remet pas en cause la place centrale de l’Église comme instrument du salut du Christ. Le sionisme reconnaît simplement le lien biblique entre le peuple juif et la terre d’Israël, sans rien affirmer quant au rôle de l’Église. Comme nous l’avons vu, le sionisme trouve son origine dans la Bible, et non dans le dispensationalisme du XIXe siècle.
- Le mouvement sioniste moderne est en grande partie séculier, voire irréligieux. Comment un tel projet pourrait-il être l’œuvre de Dieu ?
Contrairement à une opinion répandue, le mouvement sioniste est aujourd’hui largement animé par la foi biblique. Si beaucoup des premiers pionniers sionistes étaient effectivement laïques — comme le sont encore de nombreux sionistes aujourd’hui —, le mouvement possède de profondes racines religieuses. D’ailleurs, pourquoi la présence d’éléments séculiers empêcherait-elle l’accomplissement des desseins de Dieu ? Même « l’âge d’or » d’Israël sous le roi Salomon fut marqué par la mondanité et le péché, notamment par une injustice sociale, une immoralité sexuelle et une idolâtrie très répandues. Cela n’a pas empêché Dieu d’agir, y compris à travers des institutions humaines imparfaites. De même, l’État moderne d’Israël pourrait fort bien constituer une étape providentielle vers l’accomplissement des desseins de Dieu, malgré ses nombreuses imperfections.
- Le sionisme ne revient-il pas à cautionner politiquement certains régimes ou certaines idéologies de droite ?
En principe, le sionisme biblique se borne à reconnaître l’attachement biblique et historique du peuple juif à la terre d’Israël. Il ne cautionne aucun camp politique ou idéologique et n’exige pas davantage de soutenir les politiques d’un gouvernement israélien particulier. Au contraire, de nombreux sionistes israéliens critiquent vivement leur propre gouvernement. S’il est vrai que le sionisme tend aujourd’hui à être surtout associé à des milieux religieux orientés à droite, on trouve des sionistes sur tout l’échiquier politique, de la droite à la gauche. Dans le même esprit, le sionisme catholique devrait soutenir le droit du peuple juif à vivre dans la patrie de ses ancêtres, sans nécessairement prendre position sur des questions connexes telles que les frontières d’Israël, la forme politique de l’État-nation moderne d’Israël ou les modalités de sa coexistence pacifique avec ses citoyens et ses voisins non juifs.
- Le sionisme n’est-il pas une forme de suprémacisme juif qui discrimine les Arabes ? N’exige-t-il pas l’expulsion des Palestiniens de leur terre ?
Ces affirmations sont inexactes. De nombreux sionistes soutiennent la coexistence pacifique des citoyens juifs et non juifs de l’État d’Israël. S’il existe effectivement des extrémistes sionistes, le sionisme et la justice ne s’excluent pas mutuellement. Il faut reconnaître que le massacre du 7 octobre et la guerre qui s’en est suivie ont rendu les perspectives de paix encore plus difficiles, notamment en raison d’une culture largement répandue d’incitation à la haine antijuive et de négation du droit d’Israël à exister dans les mondes palestinien, arabe et musulman. Il est néanmoins tout à fait possible d’être sioniste tout en aimant les Palestiniens et en défendant une solution juste et pacifique au conflit israélo-palestinien.
- Le soutien des chrétiens à Israël ne devrait-il pas être subordonné à la conversion préalable des Juifs au Christ, ou du moins à ce qu’ils vivent comme une nation juste et sainte ?16
Si ardemment que les chrétiens puissent espérer la conversion d’Israël et prier pour elle, en faire une condition préalable au soutien du droit du peuple juif à vivre sur sa terre est contraire à l’enseignement de l’Écriture. Le prophète Ézéchiel présente en effet une succession inverse des événements : il annonce d’abord que le Seigneur rassemblera Israël d’entre toutes les nations pour le ramener sur sa terre, « à cause de [son] saint nom » (Ez 36, 8–12.22–24 ; 37, 12). Puis, après ce rassemblement, le Seigneur purifiera son peuple, répandra sur lui son Esprit et opérera sa transformation spirituelle en lui donnant un cœur nouveau (Ez 36, 25–28 ; 37, 14). Si Dieu appelle toujours son peuple au repentir et à la purification, Ézéchiel indique que, dans une certaine mesure au moins, le rétablissement physique d’Israël précédera son rétablissement spirituel et sa sanctification ultimes.
- L’Église catholique ne rejette-t-elle pas le sionisme comme position théologique recevable ?
S’il est vrai que le magistère a historiquement manifesté une certaine réticence à soutenir le sionisme biblique, cette position tenait soit à des présupposés supersessionistes non officiels, dépourvus d’autorité magistérielle et que l’Église a depuis répudiés,17 soit à la diplomatie vaticane, soucieuse d’éviter des tensions inutiles au Moyen-Orient.
Si les dons et l’appel de Dieu à Israël sont irrévocables, ils ne sauraient exclure le don premier que Dieu a fait à Israël : la terre. Un soutien biblique à Israël ne contredit ni ne fragilise en rien la foi catholique ; il s’inscrit au contraire pleinement dans la continuité de la révélation divine. Des théologiens catholiques reconnus ont récemment présenté des arguments convaincants en faveur du sionisme catholique. Gary Anderson estime que le retour des Juifs à Sion, tout en constituant aussi un appel à la responsabilité et à la justice, « fait partie du dessein providentiel de Dieu et de sa promesse éternelle à son peuple Israël », malgré l’incertitude qui entoure l’avenir de l’actuel État d’Israël.18 De même, Gavin D’Costa soutient, dans son article « Catholic Zionism », que « l’existence de l’État juif est un signe de la fidélité de Dieu envers son peuple », même si cela n’exige pas de cautionner une forme particulière de gouvernement pour cet État.19 Rien n’empêche donc des catholiques fidèles à leur foi d’adhérer à la promesse biblique de Dieu de donner la terre au peuple juif et de la soutenir.
Le salut d’Israël
L’espérance de saint Paul pour le salut d’Israël est étroitement liée au salut du monde entier. Comme il l’écrit : « Un endurcissement est survenu à une partie d’Israël, jusqu’à ce que soit entrée la plénitude des nations ; et ainsi, tout Israël sera sauvé » (Rm 11, 25–26). Dans un paragraphe remarquable, le Catéchisme explique :
La venue du Messie glorieux est suspendue à tout moment de l’histoire à sa reconnaissance par « tout Israël » dont « une partie s’est endurcie » dans « l’incrédulité » envers Jésus […]. L’entrée de « la plénitude des juifs » dans le salut messianique, à la suite de « la plénitude des païens », donnera au Peuple de Dieu de « réaliser la plénitude du Christ » dans laquelle « Dieu sera tout en tous ». (CEC, 674)
Autrement dit, premièrement, la « plénitude des nations » doit entrer dans la famille de la foi. Paradoxalement, ce salut des nations sera vraisemblablement suivi d’une grande apostasie des nations, lorsque beaucoup seront « retranchés » à cause de leur incrédulité (Rm 11, 22 ; 2 Th 2, 3). Deuxièmement, « tout Israël sera sauvé » par l’entrée de « la plénitude des Juifs » dans le salut du Christ. Troisièmement, après avoir été reconnu par « tout Israël », le Seigneur reviendra, accomplissant ses propres paroles selon lesquelles son peuple ne le reverrait plus avant de lui dire : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur » (Mt 23, 39 ; Lc 13, 35). Ainsi, le salut d’Israël sera « la vie d’entre les morts » pour le monde (Rm 11, 15).
Bien que nous ne sachions pas exactement comment se réalisera le salut de « tout Israël », l’Écriture fournit quelques indications. Premièrement, comme nous l’avons vu, il semblerait que la rédemption de la nation s’accomplisse en deux étapes : un rassemblement physique sur sa terre, suivi d’une transformation spirituelle (Ez 36–37).20 Beaucoup pensent que ce scénario se déroule sous nos yeux avec le mouvement sioniste et la naissance de l’État d’Israël — le rassemblement physique —, suivis, au cours des dernières générations, de l’émergence et de la croissance rapide du mouvement juif messianique, composé de Juifs qui croient en Jésus — la transformation spirituelle. Deuxièmement, il semble que la rédemption finale d’Israël s’accomplira dans de grandes épreuves, après le retour de la nation sur sa terre (Ez 38–39).21 Selon le prophète Zacharie, « toutes les nations de la terre se rassembleront » contre Jérusalem (Za 12, 3). En cette heure sombre, le Seigneur protégera les habitants de la ville sainte et détruira ses ennemis (Za 12, 8–9). Mais il leur accordera bien plus qu’une victoire militaire : au moment de la plus grande épreuve d’Israël, Dieu répandra son Esprit sur son peuple et lui accordera une révélation tout à fait extraordinaire :
Je répandrai sur la maison de David un esprit de grâce et de supplication ; alors ils regarderont vers moi, qu’ils ont transpercé. Ils se lamenteront sur lui comme on se lamente sur un fils unique, et pleureront amèrement sur lui comme on pleure sur un premier-né. (Za 12, 10)22
Conclusion
Les dons et l’appel irrévocables de Dieu à Israël excluent la notion de supersessionisme : malgré le rejet du Christ par les Juifs, Dieu n’a pas rejeté son peuple. Le peuple juif continue de jouer un rôle au temps de l’Église, témoignant de la fidélité de Dieu par son existence même et par son retour sur la terre d’Israël. Dans son acception la plus large, le sionisme n’est pas un produit du dispensationalisme protestant du XIXe siècle, mais il est profondément enraciné dans l’Écriture. Si l’aspiration nationale d’Israël à vivre dans sa patrie, conformément à la promesse biblique, ne peut être assimilée à son salut, les prophètes et saint Paul nous donnent des raisons de penser que le retour des Juifs sur leur terre pourrait bien constituer les « prémices » de leur rédemption, c’est-à-dire un rétablissement physique auquel succéderait une transformation spirituelle au milieu de grandes épreuves. Si tel est le cas, nous pouvons nous attendre à une hostilité croissante envers Israël et à des temps difficiles. Pourtant, l’Écriture indique que c’est dans ces circonstances que les membres du peuple juif « regarderont vers celui qu’ils ont transpercé » et l’accueilleront par ces paroles : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ». Et ainsi, tout Israël sera sauvé, et ce sera la vie d’entre les morts pour le monde.
- Le verbe hébreu avad (Ex 4, 23) signifie à la fois servir et rendre un culte. ↩
- Pour une compilation des promesses de la terre faites à Israël, voir « God’s Promise of the Land to the People of Israel ». ↩
- Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme, « Les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables » (2015), 17. ↩
- Certains ont interprété la parabole des vignerons homicides (Mt 21, 33–46 ; Mc 12, 1–12 ; Lc 20, 9–19), dans laquelle le propriétaire fait périr les mauvais vignerons chargés de sa vigne et la confie à d’autres, comme enseignant que Dieu rejetterait Israël pour le remplacer par l’Église. Mais Israël ne peut ici être assimilé aux mauvais vignerons. En réalité, Israël est la vigne (Is 5, 7 ; Ps 80, 8–16), et les mauvais vignerons représentent les grands prêtres et les pharisiens. Ainsi, la parabole ne parle aucunement du remplacement du peuple de Dieu, mais du remplacement des autorités religieuses qui gouvernent le peuple de Dieu. ↩
- Sans aucun fondement dans le texte original, les traductions RSV et NRSV introduisent en Rm 11, 28 un ajout lourd de conséquences théologiques, en affirmant que les Juifs sont « ennemis de Dieu à cause de vous ». ↩
- Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme, Notes pour une correcte présentation des juifs et du judaïsme dans la prédication et la catéchèse de l’Église catholique (1985), VI, 1. ↩
- Dicastère pour la promotion de l’unité des chrétiens, « Les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables », 10 décembre 2015, 17. ↩
- Lumen gentium, 9 ; Ad gentes, 5 ; CEC, 877. ↩
- Les dons et l’appel, 23, 32. ↩
- Les dons et l’appel, 33, 34. ↩
- Notes, I, 7. Voir Ac 4, 12 ; Rm 1, 16 ; Ga 2, 16.21. ↩
- Voir Edward H. Flannery, L’Angoisse des Juifs : vingt-trois siècles d’antisémitisme (titre de la traduction française, Mame, 1969) ; édition anglaise citée : The Anguish of the Jews: Twenty-Three Centuries of Antisemitism, 2e édition (New York : Paulist Press, 2004). ↩
- Elias Friedman, Jewish Identity (New York : Miriam Press, 1987), p. 109. ↩
- A Definition of Zionism (jewishvirtuallibrary.org). Parmi les courants du sionisme figurent notamment le sionisme politique, le sionisme religieux juif, le sionisme socialiste, le sionisme chrétien et le sionisme messianique. Le catholicisme s’accorde avec certains d’entre eux, mais pas nécessairement avec tous. Le présent article retient la conception fondamentale du sionisme telle qu’elle est définie ici. ↩
- Si certains aspects de la religion de l’Ancien Testament enracinés dans l’alliance mosaïque — tels que le culte sacrificiel et le sacerdoce lévitique — comportent des éléments conditionnels qui ont effectivement pris fin lors de leur accomplissement dans le Christ, l’élection d’Israël et la promesse de la terre sont enracinées dans l’alliance abrahamique, antérieure, que Dieu présente à maintes reprises comme inconditionnelle et irrévocable (Gn 28, 13–15). ↩
- C’est la position qu’a exprimée le pape Pie X en 1904 lors de sa rencontre avec Theodor Herzl, le père du sionisme politique moderne. Le pape a dit à Herzl qu’il ne pouvait soutenir le mouvement sioniste naissant, car « les Juifs n’ont pas reconnu Notre-Seigneur ; nous ne pouvons donc pas reconnaître le peuple juif ». Theodor Herzl: Audience with Pope Pius X (1904). Comme nous l’avons vu, la réticence du pape — exprimée hors du cadre de son magistère — à accorder une quelconque légitimité théologique, non seulement au sionisme, mais même au peuple juif tant qu’il ne se convertirait pas au Christ, s’enracinait dans un supersessionisme qui contredit l’enseignement de l’Ancien comme du Nouveau Testament. ↩
- Ainsi, le document de 1998 « Nous nous souvenons : une réflexion sur la Shoah », publié par la Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme, cite ces paroles du pape saint Jean-Paul II : « Des interprétations erronées et injustes du Nouveau Testament relatives au peuple juif et à sa prétendue culpabilité ont trop longtemps circulé, engendrant des sentiments d’hostilité à l’égard de ce peuple ». Le document ajoute : « De telles interprétations du Nouveau Testament ont été totalement et définitivement rejetées par le Deuxième Concile du Vatican » (III). ↩
- Gary A. Anderson, « How to Think about Zionism », First Things, avril 2005. ↩
- Gavin D’Costa, « Catholic Zionism », First Things, janvier 2020. ↩
- Certains philosophes et théologiens ont soutenu que le peuple d’Israël a parcouru, dans ses souffrances des deux derniers millénaires, un véritable « chemin de croix » — des souffrances tragiquement infligées, bien souvent, par des chrétiens. Pour Jacques Maritain, « Jésus-Christ souffre dans la passion d’Israël », et « la passion d’Israël prend de plus en plus nettement la forme de la Croix ». Jacques Maritain, « Le Mystère d’Israël » [« The Mystery of Israel »], dans Ransoming the Time (New York : Charles Scribner’s Sons, 1941), p. 177, 179 ; voir également le recueil français Le Mystère d’Israël et autres essais (Paris : Desclée de Brouwer, 1965). D’autres ont soutenu que la « Via Dolorosa » du peuple juif, qui a atteint son point le plus bas dans la Shoah, l’avait mystérieusement uni au Christ. Sa « crucifixion » dans les camps d’extermination nazis l’aurait profondément humilié et aurait constitué une préparation lointaine à la naissance de l’État d’Israël ainsi qu’à sa future rencontre avec la grâce : « Tandis qu’il avançait lentement sur la scène de l’histoire, le Juif prenait une ressemblance troublante avec Jésus : battu, couvert de crachats, tourné en dérision, raillé, ensanglanté par la flagellation qui lui avait été infligée après sa condamnation, couronné des épines de l’incompréhension, portant sa croix sur le chemin du Golgotha. Le peuple juif subissait les coups des nations. “La diaspora juive au sein de l’Europe chrétienne”, résumait Maritain, “est une longue Via Dolorosa”. Mystiquement parlant, le peuple juif tout entier a été cloué à la croix et est mort sous Hitler. “Nous sommes tous morts à Auschwitz”, s’écriait cette grande âme qu’était A. J. Heschel, au nom de tous les Juifs de son temps. Le troisième jour, trois ans après la fin des hostilités en 1945, le peuple juif est ressuscité d’entre les morts : l’État d’Israël a été proclamé. » Elias Friedman, Jewish Identity (New York : Miriam Press, 1987), p. 68. ↩
- La tribulation finale d’Israël coïncidera peut-être avec l’« épreuve ultime » de l’Église sous le règne de l’Antichrist (CEC, 675). ↩
- Traduction de l’auteur. La prophétie de Zacharie, écrite quelque cinq siècles avant le Christ, selon laquelle Israël « regardera vers moi, qu’ils ont transpercé », est si saisissante — comment Dieu peut-il être « transpercé » ? — que plusieurs traductions modernes la modifient, sans aucun fondement dans le texte hébreu original ni dans les anciennes traductions grecque et latine, en écrivant : ils « regarderont vers celui qu’ils ont transpercé » (RSV2CE, NRSV, NABRE). ↩



