Voir aussi : Voix catholiques pour Israël : Charte
Rejoindre Voix catholiques pour Israël
Depuis le 7 octobre 2023, et plus encore aujourd'hui à la lumière de la récente confrontation américano-israélienne avec l'Iran, un schéma inquiétant s'est installé dans le débat public. Un chœur croissant de politiciens, de journalistes et d'influenceurs — Candace Owens, Nick Fuentes, Megyn Kelly, Carrie Prejean Boller, ainsi que des groupes tels que LifeSiteNews et « Catholics for Catholics » — dénoncent le soutien américain à Israël comme une trahison de l'intérêt national américain, vilipendent le comportement d'Israël tout en ignorant la menace existentielle à laquelle elle est confrontée depuis sa fondation, et présentent l'hostilité envers l'État juif comme une question de principe. Ce qui est frappant, et ne saurait être mis sur le compte du hasard, c'est qu'une proportion disproportionnée de ces voix appartient à des catholiques. Leur rhétorique, amplifiée sur les réseaux sociaux, a contribué à créer un climat dans lequel l'hostilité envers Israël est présentée comme la position catholique authentique.
Il ne s'agit pas seulement d'un problème politique. C'est aussi un problème théologique. Même certains apologistes et théologiens du courant dominant, des podcasteurs et des commentateurs, promeuvent désormais une forme extrême de supersessionnisme, soutenant de plus en plus que l'Église est le « nouvel » et « véritable » Israël — non seulement au sens d'accomplissement, mais au sens d'annulation et d'effacement. Ils affirment que l'Israël moderne — peuple, terre et nation — n'a rien à voir avec l'Israël biblique, et qu'il est donc au mieux sans pertinence, au pire une imposture théologique, voire une manifestation de l'esprit de l'Antéchrist. De telles affirmations sont en tension directe avec l'enseignement de l'Église depuis Nostra Aetate, qui affirme que « les Juifs restent encore très aimés de Dieu », et avec l'insistance de saint Paul dans Romains 9–11, selon laquelle « les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables ». Ces mêmes chapitres mettent explicitement en garde les chrétiens d'origine païenne contre toute arrogance à l'égard des « branches naturelles », rappelant à l'Église que l'identité covenantale d'Israël perdure dans la providence divine.
Le contraste avec le monde protestant est instructif. Les évangéliques américains ont, depuis des décennies, offert à Israël un soutien robuste et théologiquement fondé — vocal, organisé et assumé. Aucune voix catholique comparable n'existe. L'Accord fondamental du Saint-Siège de 1993 a reconnu le droit d'Israël à l'existence, mais l'Église a constamment refusé de donner à cette reconnaissance un fondement théologique. Plus récemment, les papes François et Léon ont parlé avec une compassion manifeste pour les souffrances palestiniennes — compassion qui est tout à fait légitime — sans pour autant y faire correspondre une affirmation de la légitimité biblique, historique et morale d'Israël. Cette asymétrie a des conséquences. Elle crée un vide, et les vides se remplissent.
Dans cette brèche se sont engouffrées des voix antisionistes — certaines simplement tendancieuses, d'autres ouvertement antisémites — qui présentent leur hostilité envers Israël comme l'expression authentique de la tradition catholique et prétendent parler au nom de l'Église. Cette rhétorique a alimenté la campagne mondiale de délégitimation d'Israël qui s'est intensifiée depuis le 7 octobre. L'antisionisme, nourri par le supersessionnisme antijuif classique, est devenu le nouvel antisémitisme catholique. Il ignore la centralité biblique de la terre d'Israël — la terre promise par Dieu aux descendants d'Abraham, d'Isaac et de Jacob — et la signification pérenne de Sion dans les Écritures tant juives que chrétiennes. Si l'Église ne prétend pas que l'État moderne d'Israël est l'accomplissement direct de la prophétie biblique ou un « État messianique », elle ne nie pas non plus la signification théologique continue du lien historique du peuple juif avec la terre, un lien affirmé à maintes reprises dans les Écritures et jamais révoqué.
Les dommages sont considérables. Au sein de l'Église, ce discours sème la confusion parmi les fidèles catholiques, dont beaucoup manquent des outils historiques et théologiques nécessaires pour évaluer ces affirmations de façon critique, et les aliène de leurs racines juives à mesure qu'ils absorbent des récits anti-israéliens sous couvert d'« orthodoxie ». Au-delà de l'Église, il approfondit la suspicion dans le monde juif — déjà vive depuis le 7 octobre — que les institutions catholiques sont indifférentes ou hostiles à l'existence juive. Cette suspicion corrode le dialogue judéo-catholique qui a été, depuis Nostra Aetate, l'une des réalisations les plus significatives de l'Église moderne.
Nous croyons que le moment est venu d'une réponse catholique coordonnée et intellectuellement sérieuse. De nombreux catholiques ne savent aujourd'hui comment penser à Israël : ils souhaitent soutenir le peuple juif, mais ils se soucient aussi profondément des chrétiens locaux et craignent de sembler donner à Israël un « chèque en blanc ». Ces préoccupations méritent d'être reconnues, non balayées. Un témoignage catholique fidèle exige clarté, charité et intégrité théologique — y compris la reconnaissance que l'identité covenantale permanente du peuple juif, affirmée par l'Église, ne peut être séparée de la terre que les Écritures présentent constamment comme partie intégrante de cette identité, ni de l'appel persistant d'Israël à vivre dans la fidélité covenantale et la responsabilité morale devant Dieu. En même temps, l'État d'Israël, comme toute nation, doit être évalué selon les mêmes normes éthiques appliquées aux autres, avec un souci particulier de la justice envers tous ceux qui habitent le pays, y compris les chrétiens et les musulmans israéliens et palestiniens. La véritable solidarité avec Israël ne réduit pas ces préoccupations au silence ; elle permet aux catholiques de les aborder avec vérité et sans tomber dans les distorsions qui circulent aujourd'hui dans certains milieux catholiques.
Nous sommes convaincus qu'une voix catholique à la fois théologiquement fondée et crédiblement favorable à Israël est bien mieux placée pour défendre le bien-être des chrétiens dans toute la Terre Sainte qu'une voix perçue comme indifférente ou hostile à l'existence juive. L'amitié avec Israël n'exige pas d'ignorer les défis auxquels font face les chrétiens locaux ; au contraire, elle crée la confiance et l'autorité morale sans lesquelles un tel plaidoyer a peu de poids.
Dans cette perspective, nous constituons un large réseau catholique engagé à articuler un plaidoyer fidèle et intellectuellement sérieux en faveur de la solidarité avec le peuple et l'État d'Israël. Nous accueillons tous les catholiques qui soutiennent Israël, ainsi que les amis non catholiques qui partagent les objectifs de cette initiative. Nous espérons tout particulièrement rassembler des chercheurs, des clercs, des journalistes, des responsables publics et des acteurs culturels dont les voix peuvent contribuer à façonner le débat général. Notre objectif est de publier des lettres ouvertes, de produire des contenus médiatiques et d'organiser des conférences qui répondent — avec calme, fermeté et rigueur théologique — aux arguments spécieux avancés au nom de la foi chrétienne, qu'ils viennent de l'extrême droite ou de l'extrême gauche. Cette initiative n'est pas une approbation de chaque politique du gouvernement israélien, ni un projet partisan. C'est une réponse catholique à la résurgence de l'antisémitisme sous couvert d'antisionisme et à la distorsion de l'enseignement catholique dans l'espace public. Avec le soutien de catholiques actifs dans la politique, l'université, les médias et la vie ecclésiale — ainsi que des nombreuses autres personnes qui se tiennent à leurs côtés — cette initiative peut avoir un impact décisif sur l'opinion publique et aider l'Église à discerner un véritable « signe des temps » dans l'existence continue et le rayonnement de l'État d'Israël.
Nous vous invitons donc à vous joindre à cet effort. Nous ne sollicitons aucune contribution financière. Nos premières étapes comprennent les suivantes :
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Cette lettre d'invitation, présentant la justification et la nécessité de cette initiative.
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Une charte, esquissant le champ d'action proposé de l'initiative et les actions que nous entendons entreprendre.
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Un court formulaire de contact, par lequel vous pouvez indiquer votre intérêt à rejoindre l'initiative.
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Notre première déclaration publique, à laquelle vous pouvez apposer votre nom en signe de soutien.
En ajoutant votre nom, vous serez tenu informé de nos prochaines étapes et invité à indiquer si vous seriez disposé à les soutenir ou à y contribuer.
Votre voix compte. Votre participation apporterait du poids, de la crédibilité et de la clarté morale à une cause qui en a urgemment besoin. Le témoignage de l'Église en ce moment dépend du courage de ceux qui, en son sein, ne demeureront pas silencieux.
Antoine Lévy, OP
Frère dominicain ; théologien et auteur
Dr André Villeneuve
Professeur associé d'Ancien Testament et de langues bibliques, Séminaire majeur du Sacré-Cœur
Directeur, Catholics for Israel
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