Jean-Paul II et les Juifs

Source : First Things

Jamais un pape n’a apporté autant de soutien et d’amitié au Peuple Juif que Jean-Paul II, ce grand pape du XXème siècle. De fait, les relations étonnantes que Jean-Paul II a entretenues avec les Juifs constituent un chapitre important de l’héritage que son pontificat laissera à l’histoire et qui laisse pour notre temps des implications durables concernant les relations entre Juifs et Catholiques.

Elevé enfant dans la petite ville Polonaise de Wadowice, où Juifs et Catholiques vivaient en relativement bonne symbiose, Karol Wojtyla avait – selon son biographe Tad Szulc – « des camarades de classe et de jeu Juifs avec qui il partageait une amitié spontanée. » Le meilleur ami de Jean-Paul II fut Jerzy Kluger, dont le père était avocat d’affaires réputé et président de la communauté juive et de sa synagogue. Au temps de la jeunesse de Karol Wojtyla, il y avait environ 1500 Juifs à habiter Wadowice, soit plus de 20% de la population totale. Quand Karol était adolescent, la synagogue de la ville, qui avait un rabbin à plein temps depuis plusieurs années, se trouva un maître de chant, célèbre pour sa voix splendide. Le jour de la fête de Yom Kippour, jour le plus saint de l’année et où les juifs fêtent le « Grand Pardon », le père de Karol l’emmenait à la synagogue pour écouter le Kol Nidre, la prière centrale du rituel de l’office de Yom Kippour, chanté par ce nouveau maître de chant. Plusieurs années plus tard, Karol Wojtyla, en tant qu’évêque et pape, devait souvent confier combien il fut touché et inspiré par ce mémorable office de Yom Kippour.

Comme remarqué par Carl Berstein et Marco Politi , « depuis l’Apôtre Pierre, jamais un souverain pontife Romain n’aura passé sa jeunesse en une telle proximité quotidienne avec des juifs et leur environnement ». Les Wojtyla étaient locataires de Chaim Blamuth, qui était juif, ainsi que plusieurs des voisins immédiats de la famille Wojtyla, rue Zatorska à Wadowice. Karol apprit ainsi directement beaucoup de choses à propos des fêtes religieuses Juives, comme Yom Kippour, Souccot (la fête juive des Tabernacles) et Hanucca. Karol et sa famille étaient invités chez leurs voisins pour se joindre également aux fêtes. Dans la cour près de chez les Wojtyla, Karol voyait se monter les « cabanes » traditionnelles pour Souccot des mains de toute la famille de Regina Beer, son amie. De fait, le père de Karol avait même prêté son balcon pour y installer une « cabane de Souccot » (ou soukka).

L’amitié de Karol Wojtyla pour Jerzy Kluger et sa famille était particulièrement profonde. Tous deux avaient fréquenté depuis l’âge de onze ans la même classe au collège de la ville ; Jerzy Kluger devait rester l’un des plus proches amis de Karol tout le long de sa vie. L’histoire poignante de cette amitié d’une vie, racontée par Darcy O’Brien dans son livre émouvant et captivant « The Hidden Pope: The Personal Journey of John Paul II and Jerzy Kluger » est unique dans l’histoire récente des relations entre un Pape et les Juifs.

Karol Wojtyla et Jerzy Kluger était tous deux d’excellents footballers et jouaient dans la même équipe du collège de Wadowice où le foot était le sport de prédilection. Il est particulièrement typique de constater que « alors que les collégiens se regroupaient dans des équipes non-mixtes soit catholiques soit juives », Karol Wojtyla était toujours prêt à jouer pour l’équipe Juive. « N’importe où ailleurs, ce fait n’aurait pas été significatif », mais en Pologne au début des années 1930, « il s’agissait d’un geste fondateur » qui déterminerait la personnalité œcuménique et les attitudes philo-sémitiques de Wojtyla pour les années à venir.

Le pape Jean Paul II et son ami d'enfance Jerzy KlugerDe fait, l’amitié du Pape Jean-Paul II pour Jerzy Kluger - depuis leur jeunesse à Wadowice en passant par leur séparation au début de la Seconde Guerre Mondiale et jusqu’à leurs retrouvailles presque 30 ans plus tard et leur amitié renouvelée et plus profonde encore pendant les années de son pontificat – a été instrumentale pour permettre au pape de mieux appréhender et comprendre les Juifs et le Judaïsme, ainsi que de lui donner de se dédier comme personne ne l’avait encore fait à faire progresser le dialogue et la coopération Judéo-Catholique dans le monde. Jerzy Kluger fut le premier à qui fut accordé une audience privée après l’élection du nouveau pape Jean-Paul II en 1978. Kluger et sa femme d’origine anglaise Renée furent bien souvent les invité aux déjeuners et aux dîners du Vatican et à la résidence d’été de Castel Gondolfo. Ce fut lui qui – entre autres exemples – conseilla et encouragea activement Jean-Paul II pour sa visite à la Synagogue de Rome en 1986 et pour l’établissement de relations diplomatiques avec l’Etat d’Israël plusieurs années plus tard.

Jean-Paul II lui-même a confirmé le premier que les amitiés vécues, jeune, avec des amis Juifs de Wadiwoce l’avaient aidé à préciser et faire grandir sa compréhension des Juifs et du Judaïsme et furent déterminantes de cette attention sans précédent que le pape qu’il deviendrait allait apporter au dialogue Judéo-chrétien et à la future coopération de ces deux religions tout autour du monde. Les prêtres diocésains de Wadowice, comme le Père Léonard Prochownik étaient ouverts à la liberté de conscience religieuse. Selon Georges Weigel dans sa biographie « Témoin de l’Espérance », Le Père Prochownik, affecté à Wadowice depuis 1915 et curé de la ville en 1929, restera pour plusieurs décennies dans les souvenirs comme l’un des piliers de la tolérance interreligieuse et qui permettra à cette ville de contenir assez efficacement tout antisémitisme. Dans le Wadowice de l’enfance de Karol, dit Weigel, beaucoup de paroissiens prenaient au sérieux ce que le poète Mickiewicz disait des juifs en les appelant « Frères aînés des Chrétiens ». Une fois devenu pape, Jean-Paul II devait se rappeler son ancien pasteur de Wadowice dire en chaire que « l’anti-sémitisme est anti-chrétien » de même qu’il devait avoir retenu la citation du manifeste d’Adam Michkiewicz de 1848 pour la « Future Constitution d‘un Etat Slave » reprise par son professeur de langues modernes : « Tous les citoyens sont égaux, et également les juifs ». Plus tard, Karol Wojtyla écrira qu’il « (se souvient) avec acuité des Juifs qui se retrouvaient chaque Samedi à la synagogue derrière l’école. Les deux communautés, Catholique et Juive, étaient unies … par la conscience qu’ils avaient de prier le même Dieu. »

Les souvenirs que gardait le Pape Jean-Paul II de Wadowice et de ces familles juives amies dont tant avaient perdu la vie pendant l’Holocauste furent particulièrement prégnants quand il visita Auschwitz en juin 1979. Alors qu’il honorait la mémoire de ces millions de Polonais juifs et non-juifs dont les vies furent arrachées dans le camp de la mort Nazi à Auschwitz, il évoqua et pria spécialement pour la mère de son amie d’enfance Regina Beer ainsi que pour la mère, la grand-mère et la sœur de son ami Jerzy Kluger, tous morts dans les chambres à gaz d’Auschwitz. Après s’être agenouillé et avoir prié devant le terrible Mur de la Mort, cet endroit choisi par les chefs Nazi pour y assassiner des intellectuels et des prêtres polonais, Jean-Paul II prononça l’une des homélies les plus puissantes et les plus poignantes de son pontificat, condamnant l’inhumanité et l’antisémitisme qui rendirent possible l’atrocité d’Auschwitz. Désignant Auschwitz comme « l’endroit où la dignité humaine fut si scandaleusement piétinée », un endroit « bâti sur des fondations de haine et de mépris pour l’humanité » il invoqua la mémoire des six millions de Juifs qui moururent dans les fours crématoires d’Auschwitz et d’autres camps de la mort nazis, pour l’unique raison qu’ils étaient Juifs en rappelant à ses coreligionnaires Catholiques que leur souvenir ne devait jamais être oublié. Comme l’a noté le Père John Oesterreicher dans son livre poignant « Réflexions sur le Pèlerinage du Pape Jean-Paul II à Auschwitz » publié en 1984 par L’institut des Etudes Judéo-Chrétiennes de l’Université de Seton Hall, « Le Pape Jean-Paul II a parlé avec beaucoup de ressenti, comme s’il était passé lui-même par les tourments que les victimes d’Hitler eurent à endurer et comme s’il avait éprouvé comme siennes propres, leurs terribles peines.

Le 9 mai 1989, ayant ordonné que l’on mette en place une pierre commémorative à l’endroit même où était la synagogue de Wadowice avant sa destruction par les Nazis, le Pape écrivit à Jerzy Kluger pour lui dire que par là serait honorée la mémoire des Juifs d’alentour qui furent exterminés pendant l’Holocauste. Voici ce qu’il lui écrivit :

« Beaucoup de ceux qui ont péri, parmi vos coreligionnaires et nos compatriotes, ont été sur nos camarades sur les bancs de l’Ecole Primaire et plus tard au Collège puis jusqu’au Baccalauréat, il y a de cela cinquante ans. Tous étaient citoyens de Wadowice la ville qui nous tient tant à cœur à tous les deux qui y avons nos souvenirs d’enfance et de jeunesse. Je me rappelle très bien de la synagogue de Wadowice qui était près du collège. Je vois encore les nombreux fidèles qui, les jours de fête, passaient devant nous pour aller y prier.

Jean-Paul II et la condamnation Papale de l’Antisémitisme

Tout au long de son pontificat, Jean-Paul II a tendu la main à la communauté Juive comme aucun pape l’avait fait avant lui. Dès son élection en 1978 – comme le remarque George Weigel – « Jean-Paul II a investi beaucoup d’énergie pour construire de nouveaux chenaux de communication entre Catholiques et Juifs ». Lors de sa première rencontre avec les représentants de la communauté juive à Rome, le 12 mars 1979, Jean Paul II soulignait que « les liens étroits unissant nos deux religions remontaient à leurs identités respectives. » Le dialogue Judéo-Chrétien, vu du point de vue Catholique, apparaissait comme une obligation de foi.

Plus tard, s’adressant aux représentants de la communauté Germano-hébraïque de Mainz en Novembre 1980, Jean-Paul parlait de « la profondeur et la richesse de notre héritage commun qui nous rapproche dans une collaboration confiante et réciproque ». Imprégné de sa connaissance intime du Judaïsme et du peuple Juif, comme aucun autre pontife contemporain ne l’a jamais été, il décrivit le Judaïsme comme un héritage « vivant » que les Chrétiens se doivent de connaître et évoqua un dialogue entre « les églises d’aujourd’hui et le peuple contemporain de l’alliance mosaïque ». Dans ce discours aux Juifs de Mainz, le pape s’adressait à la communauté juive dans le plus grand respect dû « au peuple de Dieu et de l’Ancienne Alliance qui Dieu n’a jamais reniée » et il mettait l’accent sur le « valeur intemporelle » tant des Ecritures Saintes Hébraïques que du peuple Juif lui-même en tant que communauté qui sont les témoins de la Sainteté de ces Ecritures.

Dans d’autres discours postérieurs, il eut l’occasion de déplorer les terribles persécutions dont le peuple Juif fut l’objet. De fait, en 1986, en Australie, il qualifia de peccamineux, les actes de discrimination et de persécution contre les juifs, et invita Chrétiens et Juifs à se retrouver pour des échanges plus profonds, basés sur leurs identités religieuses respectives. « Notre héritage spirituel commun est considérable » dit-il et « cela peut grandement nous aider à mieux comprendre certains aspects de la vie de l’Eglise que de prendre en compte la foi et la pratique religieuse du peuple Juif ».

Aucun pape du XXème siècle ne fut aussi clair direct et formel dans sa condamnation de l’antisémitisme en général et de l’Holocauste Nazi en particulier. Eugene Fisher note à ce propos que l’horreur qui habitait Jean-Paul II « n’était pas seulement une théorie. Il avait vécu sous le régime nazi en Pologne et avait expérimenté personnellement la malignité de cette haine satanique à l’égard des juifs. » A l’occasion de sa première audience papale avec les dignitaires Juifs, le 12 Mars 1979, Jean-Paul II réaffirmait la condamnation de l’antisémitisme exprimée par le Concile Vatican II comme étant « opposé à l’esprit même du Christianisme et même sans cela comme étant condamnable par simple respect de la dignité humaine ». Le pape répéta souvent ce message au cours de rencontres avec des responsables religieux Juifs autant au Vatican que dans chaque pays où il se rendit dans le monde. Quatre mois plus tard, au cours d’une homélie prononcée à Auschwitz pour commémorer les six millions de juifs disparus pendant l’Holocauste, il exhorta les Catholiques à faire mémoire de ce peuple dont les fils et les filles avaient été voués à une extermination radicale ». Fort de son expérience personnelle marquante, le pape sut souligner la spécificité de l’expérience par le peuple juif de la Shoah sans pour autant jamais oublier les millions de victimes non-juives. Comme le formule Eugene Fisher, le Pape reprenait sans réserve à son compte la formule de Elie Wiesel : « Toutes les victimes de l’Holocauste n’étaient pas des Juifs, mais tous les Juifs en furent des victimes ».

Pendant son pontificat – note George Weigel – Jean-Paul II « n’a cessé de condamner sans ambiguïté et sans faiblesse la Shoah, cet Holocauste des Juifs Européens pendant la Seconde Guerre Mondiale ». A l’occasion ‘une rencontre avec des Juifs à Paris le 31 Mai 1980, Jean-Paul II tînt à préciser quelle fût l’immense souffrance de la communauté juive de France « pendant les années sombres de l’occupation » et rendit hommage à ces victimes « dont le sacrifice, nous le savons, n’aura pas été sans porter des fruits. » Pour le quarantième anniversaire de la révolte du Ghetto de Varsovie, le pape prit la parole en tant que Polonais et en tant que Catholique et qualifia « cet évènement ignoble et tragique » de « cri désespéré pour le droit à vivre, le droit à être libre et pour la sauvegarde de la dignité humaine ». Pour le vingtième anniversaire de Nostra Aetate, en octobre 1985, le pape affirma que « l’antisémitisme, dans ses manifestations abjectes et parfois violentes, devait être totalement éradiqué ». S’adressant en 1986, à Sydney en Australie, aux dignitaires de la communauté juive locale, Jean-Paul II monta le encore le ton dans sa condamnation de l’antisémitisme et, se souvenant que « nous sommes encore dans ce siècle de la Shoah » déclara que « jamais aucune justification théologique ne pourrait être invoquée pour autoriser toute discrimination ou persécution contre des Juifs. Sans conteste, de tels actes doivent être considérés comme des péchés ». C’est probablement à l’occasion d’une rencontre avec les Chefs Religieux Juifs à Varsovie le 14 Juin 1987 que la plus éloquente condamnation papale de la Shoah fut prononcée quand Jean-Paul II décrivit l’Holocauste comme l’icône universelle du mal :

Soyez assuré, mon cher frère que … l’Eglise en Pologne est dans un état d’esprit de profonde solidarité avec vous quand elle scrute cette réalisation abominable de l’extermination – de l’extermination inconditionnelle – de votre peuple, une extermination programmée et préméditée. La menace que vous subissiez était aussi menace pour nous ; en ce qui nous concerne elle ne fut pas aussi drastiquement effective, par ce qu’elle n’eut pas le temps de l’être. C’est bien vous qui souffrîtes ce terrible holocauste sacrificiel de l’extermination : on pourrait dire que vous en souffrîtes aussi au nom de ceux qui connurent la puissance rédemptrice de la souffrance. Plus ce que l’on vit est douloureux plus grande est l’espérance … Et en raison même de cette terrible épreuve … vous êtes devenus la voix de l’humanité qui alerte toutes les nations, toutes les puissances de la terre toutes les organisations toutes les doctrines et tous les hommes. Plus que quiconque, c’est précisément vous qui sonnez l’alarme. Et je crois que par là vous continuer à assumer votre vocation propre en tant qu’héritiers ostensibles de cette élection par Dieu à laquelle il est fidèle. Voilà votre mission pour notre monde contemporain, pour tous les peuples et nations, pour l’humanité, pour l’Eglise. »

Dans les années qui ont suivi ces fortes et décisives paroles, Jean-Paul II s’acharna à garder vivante la mémoire de la Shoah au cœur du monde Catholique. S’adressant aux responsables de la communauté Juive de Strasbourg en 1988, le pape leur dit : « Avec vous je confirme la condamnation la plus formelle de l’antisémitisme » qui est « en contradiction avec les principes mêmes du Christianisme ». De la Place Saint Pierre, où il commémorait le cinquantième anniversaire de la révolte du Ghetto de Varsovie le 18 avril 1993, il qualifia la Shoah comme « de véritables ténèbres de l’histoire, où se commirent d’indicibles crimes contre Dieu et contre l’humanité. »

L’année suivante, le 7 avril 1994, Jean-Paul II accueillait au Vatican dans la Salle d’Audience Paul VI un Concert en Mémoire de l’Holocauste. L’Orchestre Royal Philharmonique était conduit par Gilbert Levine, un Juif Américain né à Brooklyn et devenu l’ami de Jean-Paul II après qu’il fût devenu directeur musical de la Philharmonique de Cracovie en 1987. Et, dans ces circonstances, le pape était assis dans la salle d’audience aux côtés du Grand Rabbin de Rome, Elio Toaff, lui-même un survivant de l’Holocauste et du président italien Oscar Luigi Scalfaro. Le Rabbin Toaff avait amené avec lui sa congrégation et pour beaucoup c’était la première fois qu’ils pénétraient dans le Vatican autrement que comme touristes. Deux cent survivants de l’Holocauste venus de douze différents pays étaient présents, ainsi que des diplomates du monde entiers. »

Ce Concert était donné à l’occasion du cinquantième anniversaire de la Révolte du Ghetto de Varsovie. Ce jour du 7 avril 1994, comme le remarquèrent les biographes de Jean-Paul II, était un moment « unique et sans précédent » dans l’histoire de l’Eglise Catholique et dans l’histoire personnelle de Jean-Paul II et de sa mission spécifique de gardien de la mémoire de l’holocauste au cœur du Catholicisme. En plus du Concert en Mémoire de l’Holocauste, le pape avait organisé que la prière traditionnelle pour les morts, le « Kaddish », soit récitée et que les six cierges de la menorah soient allumés en sa présence au Vatican. Par ce geste – comme l’écrivit Tad Szulc -, « le pape choisit d’honorer publiquement la mémoire de ces Juifs morts au nom de la liberté » pendant l’Holocauste et ce comme jamais l’Eglise Catholique ne l’avait fait auparavant. »

De plus, pendant les années 1990, à la demande de Jean-Paul II, la Commission du Vatican chargée des relations avec les Juifs s’engagea dans la rédaction d’un document officiel Catholique à propos de l’Holocauste : « Nous nous souvenons, une réflexion sur la Shoah » qui fut publié en Mars 1998. Il s’agit là d’un document historique, car la première prise de position officielle du Saint Siège à propos de l’Holocauste. « Nous nous souvenons » décrit la Shoah comme « une indicible tragédie », un « terrifiant génocide » qui « ne peut laisser personne indifférent, et tout particulièrement l’Eglise en raison de ses liens étroits avec le peuple Juif et de la dette morale qu’elle a contractée de par les injustices passées dont elle fut responsable ». « Nous nous souvenons », qui inclut une note longue (et controversée) qui prend la défense des actions menées par le Pape Pie XII pendant la guerre, appelle également à ce que ne soient pas oubliés les Chrétiens qui aidèrent au péril de leur vie des Juifs à échapper à l’holocauste.

Les relations de Jean-Paul II avec les Juifs et avec la communauté juive de Rome fut historique par encore d’autres aspects. En avril 1986, Jean-Paul II devint le premier pape de l’histoire à rendre visite au Chef de la Synagogue de Rome, visite historique pour les relations Judéo-Chrétiennes. Même Jean XXIII, qui avait gagné l’estime de la communauté juive pour avoir initié le Concile Vatican II (où fut publiquement condamné l’antisémitisme et où fut expurgée de la liturgie la référence injurieuse aux juifs « perfides ») n’entra jamais, lui dans la Grande Synagogue de Rome. (Il s’arrêta une fois, dans sa voiture, pour bénir les Juifs Romains qui sortaient de leur liturgie du Sabbat). En devenant le premier pape à se rendre à la Grande Synagogue de Rome « pour rencontrer la communauté Juive Romaine dans leur propre lieu de culte », Jean-Paul II devait changer le cours de l’histoire.

Et cependant cet évènement historique n’est même pas mentionné dans des ouvrages libéraux critiques du pape, comme celui de Daniel Jonah Goldhagen. Sa diatribe anti-catholique « Un Appréciation Morale : Le Rôle de l’Eglise Catholique dans l’Holocauste et son Devoir de Réparation Jamais Accompli » attribue de fait l’antisémitisme à Jean-Paul II lui-même. Goldhagen écrit que « ni Jean-Paul II ni aucun autre pape n’a jugé nécessaire de faire … une déclaration publique claire et directive à propos de la culpabilité des Catholiques et de la nécessité pour tous les membres du Clergé qui ont péché pendant l’Holocauste de se repentir de ces nombreuses façons de commettre crimes et forfaits contre les Juifs. » Mais, de fait, c’est exactement une telle déclaration que prononça Jean-Paul II pendant sa visite à la synagogue de Rome. Après que le Grand Rabbin de Rome, Elio Toaff eut accueilli le pape, Jean-Paul II fit une réponse éloquente par laquelle il reconnaissait publiquement et demandait pardon pour les péchés commis par l’Eglise à envers des Juifs pendant l’Holocauste et bien avant. En insistant sur le fait qu’il ne pouvait y avoir de justification théologique à toute discrimination à l’égard de Juifs, Jean-Paul II déclara que l’Eglise condamnait l’antisémitisme « chez quiconque » - « je répète, chez quiconque ». Ce faisant il fit exactement ce que Goldhagen prétend qu’il ne fit jamais : il reconnaissait, publiquement, la « culpabilité » de l’Eglise. De plus, à temps et à contre-temps, le pape reprit ce qui avait été dit à la 13ème réunion internationale à Prague du Comité de Liaison Catholique-Juif en demandant une techuvah (repentance) Chrétienne pour un antisémitisme séculaire et une déclaration faisant de l’antisémitisme « un péché contre Dieu et contre l’humanité ».

Jean-Paul II et l’Etablissement de Relations Diplomatiques Entre le Vatican et Israël

Quand le Pape se rendit en visite officielle à la Synagogue de Rome en Avril 1986, le grand rabbin de Rome lui demanda d’établir des relations officielles entre le Vatican et l’Etat d’Israël. Six ans plus tard, outrepassant les réticences d’aucuns parmi la bureaucratie du Secrétariat d’Etat au Vatican qui aurait voulu attendre que le gouvernement d’Israël aboutisse à un accord avec les Palestiniens, Jean-Paul II prit donc personnellement l’initiative. En 1994, le Vatican établissait des relations diplomatiques plénières avec Israël. En étant le premier à assumer une pareille décision, une fois encore, Jean-Paul II devait changer le cours de l’histoire et transformer radicalement les rapports du Vatican avec le Sionisme et l’Etat d’Israël. En 1904, le Pape Pie X avait dit au fondateur du sionisme, Théodore Herzl, que le Saint Siège ne pouvait encourager le mouvement sioniste dans son objectif de rétablir un Etat Juif. Il était le premier à faire officiellement référence à l’Etat Juif, comme le fit plus tard Jean-Paul II dans ces discours et sa correspondance. De fait, même le Pape Paul VI, en visite à Jérusalem en 1964, s’était abstenu de parler publiquement de « l’Etat d’Israël » réussissant « par d’habiles omissions à ne jamais prononcer le nom d’Israël », parlant seulement à titre officiel de la Terre Sainte ou de la Palestine. Et aucun des prédécesseurs de Jean-Paul II n’avait jamais accordé de sérieux à l’idée d’établir des relations diplomatiques avec l’Etat d’Israël.

Cependant, comme on peut le lire dans « Témoin d’Espérance », depuis les premiers jours de son pontificat, Jean-Paul II prit pleinement conscience – à partir de conversations avec son ami Jerzy Kluger et bien d’autres – que « l’absence de relations diplomatiques plénières » était considérée par les Israéliens et par les Juifs de la diaspora comme une atteinte à l’honneur de l’Etat d’Israël et un aveu de faillite à accomplir les promesses prononcées pendant Vatican II d’un renouvellement des relations Judéo-Catholiques, promesses auxquelles Jean-Paul II était passionnément attaché. Selon Jerzy Kluger, dès 1981, Jean-Paul II avait autorisé son vieil ami à « initier des discussions privées et informelles avec les diplomates en poste à Rome pour clarifier les points clés d’une avancée vers l’établissement de relations diplomatiques plénières. Kluger qui était citoyen Italien, avait également l’autorisation du premier ministre d’Israël de l’époque, Menachem Begin de parler en son nom ». Un des résultats immédiats de ces premières discussions fut un télégramme papal présentant ses vœux au président l’Israël pour Rosh Hashanah, le Nouvel An Juif, en octobre 1981. Ce télégramme de fête était une première historique : jamais un pape n’avait ainsi communiqué avec un chef d’état d’Israël. Jean-Paul, à en croire ce qu’en dit Kluger, « se servait de son vieil ami et camarade de Wadowice comme d’un confident permanent pour réfléchir à voix haute sur l’histoire des relations entre Catholiques et Juifs et comment celle-ci pouvait éclairer la question de l’établissement de relations diplomatiques ».

Comme l’écrivit George Weigel en l’an 2000, ce furent les actions personnelles de Jean-Paul pendant les années 1980 – sans oublier ses rencontres personnelles avec des communautés juives à Rome et ailleurs pendant ses voyages pastoraux, sans oublier ses condamnations des attentats terroristes contre les synagogues de Vienne et de Rome, sa rencontre avec le ministre des affaires étrangères Israélien Yitzchak Shamir … sa visite historique à la Synagogue de Rome en 1986 et l’affirmation en 1987 du Vatican qu’il n’y avait pas de justification théologique dans la doctrine catholique qui puisse empêcher des relations diplomatiques plénières entre le Saint Siège et Israël – qui approfondirent encore les fondations pour les négociations diplomatiques qui devraient dans le début des années 1990 déboucher sur le rétablissement historique des relations diplomatiques entre le Vatican et Israël.

Au plus fort de ces longues négociations, le 30 décembre 1993, des représentants du Saint Siège et de l’Etat d’Israël signèrent à Jérusalem l’Accord Fondamental qui allait ouvrir la voie à une totale « normalisation » diplomatique des relations entre ces deux états. Le 16 août 1994, à Jérusalem, l’Archevêque Montezemolo présenta son accréditation comme premier ambassadeur (« nonce » NDT) au président d’Israël, Chaim Herzog. Le mois suivant, à Rome, Shmuel Hadas présente son accréditation au Pape Jean-Paul II comme premier ambassadeur de l’Etat d’Israël auprès du Saint Siège.

Comme le mentionne l’Accord Fondamental, « ceci n’est pas juste une péripétie de diplomatie internationale entre deux minuscules états méditerranéens. » Mais bien plutôt, comme le note Eugene Fisher, un moment historique « et d’une grande portée théologique dans l’histoire bi-millénaire des relations entre le Peuple Juif et l’Eglise Catholique ». En étant le premier à prendre sur lui l’initiative de provoquer ce moment, Jean-Paul II a changé l’histoire. Comme George Weigel le souligne, « l’Accord Fondamental fut considéré par la plupart comme l’une des actions diplomatiques les plus remarquables du pontificat de Jean-Paul II et qui restera comme une date historique de mutation dans les relations entre Catholiques et Juifs.

Un Pape en Terre Sainte : la Visite Historique de Jean-Paul II en Israël

Pendant sa visite historique en Israël en mars 2000, Jean-Paul II continua sans relâche à prononcer ses condamnations de l’antisémitisme, tout en poursuivant son œuvre d’approfondissement et de consolidation des relations entre Religion Catholique et Judaïsme. Juifs comme Catholiques, tous furent profondément touchés par la poignante rencontre avec des survivants de l’Holocauste, originaires de la ville polonaise de son enfance, ainsi que par son salut au drapeau Israélien, pendant que se jouait la « Hatikvah », l’hymne national d’Israël, à son accueil officiel comme hôte de marque de l’Etat Juif.

Il s’est agi là de moments tout à fait inédits et uniques dans l’histoire des relations Judéo-Catholiques, comme le fut aussi la prière du pape au Mur Occidental, l’un des plus sacrés des lieux saints du Judaïsme. Pendant près de 2000 ans, les Juifs ont prié devant ce Mur Occidental, qui est tout ce qui reste de l’ensemble des bâtiments du Temple de Jérusalem après que les Romains aient détruit la ville après la deuxième révolte Juive. Et voilà que l’Evêque de Rome, le successeur de Saint Pierre, venait prier au Mur Occidental, comme un humble pèlerin conscient et garant de la pleine validité de cette prière juive, comme il le dit lui-même, en ce lieu le plus saint des sites religieux Juifs. Le Mur Occidental est pour les Juifs le cœur des reliques physiques de l’Israël biblique, « le symbole suprême, référence pour le peuple Juif et pour le Judaïsme, de 4 à 5 mille années de tradition de foi. » Comme l’a noté Eugene Fisher, quand le pape pria au Mur Occidental, il n’y eut aucune hésitation dans cette confirmation qu’il faisait du Judaïsme et ceci sans aucune entrave politique, théologique ou sociale.

Ce qui a tout spécialement touché fut le discours ardent et émouvant du Pape dans la Salle du Souvenir de Yad Vashem, le Mémorial de l’Holocauste. Après un temps de prière silencieuse, Jean-Paul commença par prononcer dans l’enceinte de Yad Vashem ces mots : « En ce lieu de mémoire, l’esprit, le cœur et l’âme aspirent ardemment au silence. Au silence qui laisse résonner les souvenirs. Au silence qui permet d’essayer de donner un sens à ce flux envahissant de souvenirs qui resurgissent. Au silence qui, en l’absence de mots suffisamment forts, seul permet de déplorer la tragédie de la Shoah. Pour ma part ces souvenirs personnels sont ceux de tout ce qui arriva pendant l’occupation par les Nazis de la Pologne. Je me souviens de mes amis et voisins Juifs, de ceux qui ont péri et de ceux qui ont survécu. » Puis, après un moment, il poursuivit en précisant que le devoir de mémoire devait être au service d’une cause noble : « Notre commémoration n’est pas sans avoir un objectif », dit-il, « il faut garantir que le mal ne l’emportera plus jamais comme cela a été le cas pour des millions de victimes innocentes du Nazisme. » Et, conscient que trop de Chrétiens s’étaient fait piéger par cette victoire du mal à propos de la « solution finale nazie », il prononça alors ces mots qui furent, personne ne peut en douter, une déclaration de repentance qui venait du cœur : « En tant qu’Evêque de Rome et Successeur de l’Apôtre Pierre, j’atteste devant le peuple Juif que l’Eglise Catholique, s’appuyant sur la loi de vérité et d’amour de l’Evangile et en aucune façon sur des considérations politiques, éprouve une profonde tristesse devant la haine, les persécutions et les manifestations d’antisémitisme que les Chrétiens ont eu à l’encontre des Juifs à toutes les époques et en tout lieu ».

En entendant la conclusion du discours du pape, beaucoup d’Israéliens présents pleurèrent, qu’ils soient des survivants de l’Holocauste, des hommes politiques, des chefs religieux ou des autorités militaires. Prenant la parole à son tour, le Premier Ministre Israélien, Ehud Barak, lui-même général peu enclin à la sensiblerie, remercia chaleureusement Jean Paul pour avoir fait plus pour les relations Judéo-Catholiques que tout autre pape dans l’histoire. « Vous avez réalisé », dit Barak, « plus que quiconque pour provoquer ce changement d’attitude historique de l’Eglise envers le peuple Juif … et pour panser ces plaies ouvertes qui sont restées infestées pendant bien des siècles d’amertume. »

Il y a bien des faits qui confirment concrètement la vérité historique des paroles de Barak. Après que le pape eut prié au Mur Occidental et parlé comme il le fit à Yad Vashem, les relations Judéo-Catholiques ne pouvaient rester sans changement et ne seront jamais plus les mêmes. En ces deux occasions, comme en celle de la rencontre de pape cette même semaine à Jérusalem avec deux grands rabbins d’Israël, l’histoire des relations Judéo-Catholiques changea son cours. « Ce fut », comme le précisa avec à propos Eugene Fisher, « une rencontre de dialogue et non de diatribes, une rencontre de réconciliation Judéo-Catholique après des siècles de désaffection. Cette rencontre, ni les parents du pape ni ceux des grands rabbins n’auraient pu l’imaginer dans leurs rêves les plus fous. » En étant à l’origine de cette rencontre historique, le Pape Jean Paul II « avait su saisir l’occasion unique non pas d’un siècle mais d’un millénaire ».

Une Voix Solitaire qui s’élève dans la Sauvagerie : Jean-Paul II, face au Nouvel Antisémitisme Musulman

Comme Eugene Fisher l’avait souligné dans les années 80, Jean-Paul II avait prononcé des condamnations fortes et fermes concernant les actes de terrorisme perpétrés contre les synagogues et les communautés Juives » à Vienne et à Rome, « en envoyant des messages de compassion pour les victimes ». Par exemple, le 29 Aout 1981, il condamna l’attaque à la bombe à Vienne en Autriche comme un acte « sanguinaire et absurde » qui s’attaque à la communauté Juive en Autriche et au monde tout entier » et il mit en garde contre une nouvelle « vague de ce même antisémitisme qui a provoqué tant de deuils pendant des siècles ». Pendant l’acte de piraterie de ces terroristes musulmans palestiniens qui prirent d’assaut le bateau de croisière Italien Achille Lauro et au cours duquel un passager Juif fut explicitement choisi pour être tué, le pape condamna ce qu’il appela « un acte grave de violence contre des personnes innocents et sans défense ».

Jean-Paul II a toujours condamné l’antisémitisme européen. Mais d’autre dirigeants européens n’ont pas eu la même volonté de manifester leur opposition à cet antisémitisme musulman résurgent de la part de ce que l’on désigne comme l’Islamisation de l’Europe. Ceci est particulièrement flagrant en France, où la population musulmane représente 10% de la population et sont dix fois plus nombreux que les Juifs Français.

Entre 2000 et 2003, Yasser Arafat et l’Autorité Palestinienne furent impliqués dans l’attentat à la bombe de synagogues françaises et dans d’autres actes de violence antisémite et de terrorisme visant des autorités et des institutions juives en France. L’année 2000 fut le théâtre d’une inquiétante éruption de violence anti-juive dont les responsables étaient de façon quasi exclusive des Musulmans Arabes. Pendant le seul dernier trimestre de l’an 2000, on dénombre parmi les actes de violence contre les Juifs Français 44 attaques à la bombe, 43 attentats contre des synagogues, et 39 attentats contre des Juifs qui revenaient de leurs lieux de prière. Entre Janvier et Mai 2001, le nombre d’attaques contre des Juifs s’éleva à plus de 300. Des synagogues furent détruites, des cars de ramassage scolaire caillassés, et même des enfants Juifs innocents agressés. Et pourtant, bien peu de ces incidents furent repris par les media françaises, ce qui constitue un parti-pris pro-palestinien évident.

Le 12 janvier 2001, la journaliste Palestinienne Raymonde Hawa-Tawil (dont la fille avait épousé Yasser Arafat), au micro de la radio publique France Culture, s’en prenait au « racisme des Juifs de France » et à « l’influence du lobby Juif ». Pendant les deux années 2002 et 2003, des agressions antisémites contre des Juifs Français continuèrent à progresser en nombre. En décembre 2003, un jeune DJ juif fut tué par son voisin musulman qui lui trancha le cou et mutila son visage. A son retour chez lui, l’assassin aurait dit « J’ai tué mon juif. J’irai donc au Paradis. »

Dans ce contexte de résurgence d’antisémitisme français d’inspiration islamique, Jean Paul II a souvent semblé prêcher dans le désert, proclamant de façon explicite et constante sa condamnation de cette nouvelle gauche antisémite post-chrétienne, alors qu’en même temps d’autres leaders européens et d’autres intellectuels – politiciens, journalistes, aussi bien que des activistes religieux gauchisants – faisaient le choix de garder le silence. Souvent seul parmi les chefs d’état européens, le Pape Jean Paul II prononça des paroles fortes condamnant le terrorisme islamique contre des synagogues et d’autres lieux institutionnels juifs en France et ailleurs, traitant ces incidents d’anti-chrétiens et répréhensibles. Par ailleurs, le 3 avril 2002, Monseigneur Jean-Pierre Ricard, président de la Conférence des Evêques de France, prononça une condamnation forte de l’antisémitisme français. Dans l’esprit et le ton qu’avait Jean Paul II pour condamner l’antisémitisme, Ricard déclara : « Récemment des agressions ont été commises contre plusieurs synagogues en France, à Lyon, à Marseille et à Strasbourg. Les communautés juives ont été profondément frappées au cœur de leurs lieux de culte les plus précieux. De tels actes de violence font craindre le pire … D’attaquer une communauté, quelle qu’elle soit, dans sa sensibilité religieuse et dans sa foi, est un acte particulièrement tragique, qui met gravement en péril la démocratie. En condamnant ces actes avec la plus grande fermeté, l’Eglise Catholique en France exprime sa profonde sympathie et sa solidarité avec les communautés Juives. »

Alors même que la presque totalité des hommes politiques français et des journaux de gauche se taisaient ou ne se prononçaient pas à propos de cette vague de criminalité et de violence contre des synagogues françaises et d’autres institutions juives, les évêques français furent les seules autorités françaises – religieuses ou politiques – à condamner de façon claire le nouvel antisémitisme résurgent en France. Comme le note Michel Gurfinkiel, l’élite politique française de gauche fut en réaction à ces incidents comme à d’autres manifestations quotidiennes d’antisémitisme en 2000 et 2001 « minimaliste ou muette ». Ce ne fut certes pas le cas du Vatican, de la Conférence des Evêques de France et des autorités ecclésiales françaises. Comme s’en sont félicités les chefs religieux juifs, la réponse de ceux-ci a été sans ambigüité et forte.

Conclusion

Le Pape Benoit XVI, comme le Pape Jean Paul II, est connu pour être un ami sincère et solide du Peuple Juif et de l’Etat d’Israël et un critique éloquent de l’antisémitisme. Quand il était encore le Cardinal Joseph Ratzinger, le Pape Benoit avait parlé de la « Grâce de Noël » comme étant « l’héritage d’Abraham » et il avait condamné à la fois l’antisémitisme chrétien et l’Holocauste nazi, qui – avait-il précisé – fut « perpétué au nom d’une idéologie antichrétienne, qui avait cherché à atteindre les racines abrahamiques mêmes de la Foi Chrétienne en s’attaquant au peuple d’Israël. » Peu de temps après son élection comme pape, au cours d’une visite historique à la Synagogue Communautaire de Cologne en Allemagne, celle-là même qui avait été détruite par les Nazis en 1938 et reconstruite après-guerre, le Pape Benoit désigna le Nazisme comme « une démente idéologie raciste » et dénonça « les signes avant-coureurs d’une nouvel antisémitisme ». La visite de Pape Benoit à la synagogue de Cologne en Aout 2005, au cours du premier voyage du Pape dans sa patrie, l’Allemagne, fut la deuxième visite dans l’histoire d’un pape à un lieu de culte Juif, après cette de Jean Paul II à la Grande Synagogue de Rome en 1986. Le président du Consistoire Juif en Allemagne, Paul Spiegel, accueillit le Pape en parlant « d’évènement historique ».

Des autorités juives, dont Abraham H. Foxman, directeur de la Ligue Antidiffamation, firent l’éloge du Pape Benoit en disant que celui-ci « avait montré un nombre innombrable de fois sa sensibilité (aux Juifs et à l’Holocauste), au cours de rencontres avec les autorités Juives et par ses déclarations condamnant l’antisémitisme et exprimant sa profonde tristesse concernant l’Holocauste. » Le Rabbin David Rosen du Consistoire Juif Américain dit que le nouveau Pape, en tant que Cardinal Ratzinger, avait encouragé l’établissement des relations diplomatiques plénières entre le Saint Siège et Israël, et qu’il est très attentif au sort d’Israël. »

Jean-Paul II était l’héritier d’une longue et vénérable tradition philosémite dans les relations entre les Papes et les Juifs qu’il put accomplir lui-même et qui se poursuivit avec son successeur le Pape Benoit XVI. Le rôle historique de Jean Paul II et tout ce qu’il accomplit en tant que celui des papes du XXème siècles ayant l’amitié la plus grande pour le Peuple Juif, eurent de telles implications dans l’évolution du dialogue Judéo-Catholique et dans la réconciliation que nous avons connue, qu’il doit rester présent dans les mémoires et admiré tout autant par les Juifs que par les Catholiques.

David G. Dalin, Rabbin ordonné, est professeur d’histoire et de politique à l’Université Ave Maria et chargé de recherches dans le groupe Taube d’Histoire Américaine à l’Institution Hoover de l’Université de Stanford. Ce texte est adapté à partir d’un article d’une livraison récente « Jean Paul II et le peuple Juif : un Dialogue Judéo-Chrétien » (Rowan & Littlefield) .